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Grand Orgue Cavaillé-Coll-Mutin de 1870

Grand Orgue Cavaillé-Coll-Mutin de 1870

Sommaire:

Historique:

Instrument d’exposition des ateliers Cavaillé-Coll, cet orgue était présenté par Vierne et l’on raconte que le pape Pie X, alors évêque de Mantoue, se serait assis aux claviers. Il fut monté en l’église Notre-Dame des Victoires en 1870 et figure au catalogue des œuvres de Cavaillé-Coll comme un instrument de 16 jeux (10 jeux au GO et 6 au Récit).
Agrandi par Mutin en 1899, il porte actuellement la signature Cavaillé-Coll-Mutin.

Sur un panneau du buffet, on peut lire cette inscription :
« Cet orgue a été monté par Gaston Mouffet en 1870. Ce brave garçon est décédé à Paris le 1er novembre 1876 à l’âge de 29 ans. »

A l’époque de Cavaillé-Coll, le Récit se trouvait au-dessus du Grand Orgue dans le centre du buffet.
Le Grand Orgue, dans sa totalité est de Cavaillé-Coll. En ce qui concerne le Récit, il est plus difficile d’être catégorique. Le cor de nuit et la flûte octaviante pourraient être de Cavaillé-Coll, mais on les imagine mal dans l’orgue d’origine à cause du manque de place dans le buffet. Par contre, des tuyaux installés en 1899 par Mutin pouvaient bien provenir des stocks des ateliers de Cavaillé-Coll.

Cet orgue fut ensuite confié à la maison Jacquot-Lavergne, comme le prouve cette autre inscription sur l’un des panneaux à l’arrière du Grand Orgue :
« Cet orgue a été réparé par R Thirrat pour le compte de la maison Jacquot-Lavergne de Rambervilliers (Vosges). 25. 3. 1947. »

Ensuite commença pour lui une suite de tristes périodes où il fut l’objet d’une série d’infâmes bricolages : bouts de ficelle et sparadrap servant à rafistoler les vergettes brisées, rustines en papier adhésif pour éviter de refaire les soudures des tuyaux percés. Après démontage des pompes, des tubulures mal ajustées de fort diamètre en « westaflex » qui oscillaient sous la pression du vent ont été installées entraînant un manque de stabilité catastrophique dans l’alimentation.

Mais il y eut pis encore : sous prétexte d’en éclaircir la sonorité, on remplaça le clairon du Grand Orgue par une prétendue « cymbale » de très fine taille qui ne parvint jamais à s’intégrer à l’harmonie de l’instrument. Par la même occasion, la voix humaine du Récit que l’on sait avoir été très belle avait dû céder la place à un "octavin" (en fait, rassemblement hétéroclite de tuyaux de récupération : flûte bouchée en plomb dans le grave datant probablement du XVIIIème, puis tuyaux de flûte ouverte, quelques principaux, et pour finir des tuyaux très fins provenant peut-être d’une cymbale.)

Ces éléments disparates avaient été placés directement dans le faux sommier de la voix humaine simplement scié en deux et abaissé du côté des graves pour permettre aux plus gros tuyaux de s’encastrer grossièrement dans un équilibre très approximatif.
Le clavier de Récit qui ne disposait pas d’une machine Barker était particulièrement lourd (380 g par touche), difficile à jouer et inégal. De nombreux écrous ne tenaient plus, des gravats étaient tombés dans la mécanique et la bloquaient, provoquant des cornements.

A l’occasion d’un concert donné au profit de l’orgue en juillet 1984 par Nicole Marodon, titulaire, Guy Bouchaux, critique musical écrit dans le journal Ouest France : « un infâme bricolage (…) ; on en voit les traces sur la mécanique « racoustrée » avec de la ficelle (…) sans parler des tuyaux originaux qui ont disparu au profit (?) d’autres : une voix humaine a ainsi été remplacée par un mauvais octavin et un jeu de clairon a dû céder la place à une infecte « cymbale » gueularde et hurlante dont les rangs aigus dominent le Grand Chœur de l’instrument, dénaturant son caractère symphonique. »

Premiers travaux de restauration

Fort heureusement, la municipalité de Trouville s’est émue du caractère de délabrement de cet orgue et à partir de cette date, une vague d’intérêt s’est déclenchée en faveur du grand orgue de Notre-Dame des Victoires, marquée par un retour progressif à l’état d’origine et l’organisation régulière de concerts destinés à le mettre en valeur.

Le clairon du grand orgue retrouvé à Notre-Dame de Bon Secours, autre paroisse de Trouville, où il avait remplacé un hautbois a réintégré l’orgue de Notre-Dame des Victoires et la cymbale installée au lieu du clairon dans l’intention de « baroquiser » l’instrument a été expulsée. La même chance ne s’est pas reproduite pour la voix humaine du Récit (remplacée par quelque chose qui se prétendait octavin), celle de Notre-Dame de Bon Secours avait d’ailleurs été enlevée elle aussi au profit d’une pseudo cymbale…
Pour éviter les conséquences de la sécheresse, la verrière située derrière l’orgue et en plein soleil a été bouchée, mettant fin en même temps aux dégradations dues aux vitres brisées, à la pluie, au vent, et à l’incursion des oiseaux. La mise en place de ce panneau a supprimé l’effet de contre-jour et permet d’apprécier le très joli buffet d’inspiration baroque.

Concert d'inauguration

Le 13 août 1987, Yves Devernay, titulaire des Grandes Orgues de Notre-Dame de Paris donnait un récital sur un orgue qui entamait son retour à la santé tandis qu’une exposition sur l'orgue dans le hall de la Mairie pendant toute la saison estivale attirait de nombreux visiteurs.

Détails du concert

A l’issue du concert, Yves Devernay, dans une lettre adressée à l'organiste titulaire, se déclarait très satisfait de la direction donnée à cette remise en état et incitait à poursuivre dans la même voie, notamment en recherchant une voix humaine pour remplacer celle disparue du clavier de Récit.

Une journée de l’orgue était organisée le 20 septembre 1987, clôturée par un concert à deux orgues par Nicole et Claude Marodon Cavaillé-Coll.
Une vie artistique se recréait autour des instruments trouvillais.

Suite des travaux

En 1990, une voix humaine de Merklin était installée à Notre-Dame des Victoires et inaugurée dans un répertoire consacré à César Franck à l’occasion du centenaire de sa mort, en présence des descendants du compositeur. Par la même occasion, un hautbois provenant du même instrument de Merklin reprenait place à Notre-Dame de Bon Secours.

L'instrument a été ensuite régulièrement entretenu.

Création de l'association et derniers travaux

En 1997, L'Association "Amis des Orgues de Trouville" s’est créée "afin d’assurer l’entretien des trois instruments trouvillais, l’organisation de manifestations et de favoriser la diffusion de documents sur le sujet".

L'adjonction d'une machine Barker provenant d’un orgue de Cavaillé-Coll pour alléger l'athlétique clavier de récit a amélioré la précision, permettant à l'organiste un jeu plus souple.
La turbine, après une soixantaine d’années de bons et loyaux services a été changée et remplacée par une plus silencieuse qui assure une réserve de vent suffisante.
Les nombreuses fuites qui entravaient le bon fonctionnement de l'alimentation ont été réparées (boursettes, gosiers, soufflets). De nombreux réglages mécaniques ont été effectués.
Constatant que la section insuffisante des porte-vent installés précédemment (des tuyaux de PVC utilisés en plomberie) produisait un étranglement à la sortie du ventilateur, le facteur d'orgues Emmanuel Foyer a proposé de mettre en place des porte-vent en sapin de section rectangulaire, conformes à la tradition. Cette structure rigide a permis de retrouver la stabilité et l'énergie du vent. L'accord général pouvait alors être envisagé, et à la suite les projets d'enregistrement restés en attente depuis de nombreuses années.

"On savait depuis longtemps que le grand orgue de Notre-Dame des Victoires était un splendide instrument. Malheureusement, cet orgue souffrait de graves problèmes de vent: de nombreuses fuites perturbaient le fonctionnement et on ne pouvait plus qu'imaginer son magnifique potentiel.
D'importants travaux de rénovation ont été effectués à la demande de la municipalité de Trouville et les fonds patiemment réunis depuis des années par l'association « Amis des Orgues de Trouville » ont permis de faire un bond en avant en devançant une prochaine tranche de travaux prévue l'année suivante. Emmanuel Foyer, facteur d'orgues de Caen, chargé de l'entretien de l'instrument, a su remarquablement analyser la situation pour lui redonner le souffle qui manquait.
Depuis peu, on peut entendre sonner cet instrument d'une façon très proche probablement de ce qu'il devait être à sa naissance en 1870 lorsqu'il sortait des ateliers d'Aristide Cavaillé-Coll.
Etant titulaire du grand orgue Cavaillé-Coll de Saint Etienne de Caen, je peux affirmer que l'instrument de Notre-Dame des Victoires est d'une qualité équivalente et que plusieurs jeux sont tout aussi beaux que leurs homonymes de Caen."

(Alain Bouvet, titulaire des grandes orgues de Saint Etienne de Caen)

Composition de l'instrument:

Entretien et restauration: Emmanuel Foyer SARL

Liens: